Reprendre une marque de prêt-à-porter en liquidation judiciaire, alors que le secteur de l’habillement accumule les difficultés, est un pari risqué. Surtout sans expérience de la mode ni du retail.
C’est le choix de Thomas Leynaud et de ses associés du groupe BCR-i, qui reprennent Café Coton en juin 2025. Thomas, qui en a pris la direction générale, est mon invité pour le 275e épisode des Digital Doers.
Thomas raconte ses études à Lyon puis à Newcastle, où il part apprendre l’anglais, et son retour à Paris en 2007-2008. Premier emploi dans un secteur qu’il n’avait pas visé : le facility management. Il y restera douze ans chez ISS, groupe danois de 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 500 000 collaborateurs, jusqu’à prendre la direction commerciale France à 29 ans. Puis trois ans chez Atalian, avec un périmètre international. C’est chez ISS qu’il a rencontré ses futurs associés.
L’aventure BCR-i démarre fin 2022 avec une conviction : racheter plutôt que créer. La méthode est artisanale : un fichier Excel d’une centaine d’entreprises du facility management contactées par mail ; une seule répond. Cette première acquisition, 20 millions d’euros de chiffre d’affaires et 250 collaborateurs, est une filiale d’Engie rachetée pour une valorisation très faible grâce à leurs fonds propres. La confiance s’installe : Engie leur vend ensuite quatre autres filiales. BCR-i regroupe aujourd’hui neuf entreprises, dont deux créées de zéro, pour 100 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et zéro dette.
L’histoire commence par une rencontre avec le fondateur, Charles-Augustin Jeuffrain, bien avant la liquidation. Coup de cœur pour cette marque patrimoniale française créée en 1990 : les premières chemises de Thomas étaient des Café Coton. Pragmatisme aussi : tout le monde déconseillait d’investir dans la mode, c’était donc, selon lui, le creux de la vague. Son analyse du marché : une consommation en baisse en valeur, une fast fashion qui pèse déjà un tiers du marché et un milieu de gamme sous pression. Mais un atout : l’homme est un acheteur fidèle, attaché à ses repères.
En liquidation, tout va vite : une data room, une due diligence accélérée et une valorisation qui repose surtout sur le stock. Le diagnostic est clair : un réseau de 60 boutiques, moitié en propre moitié en franchise, qui pèse sur les comptes, et des promotions permanentes – le fameux « 3 pour 99, 4 pour 99 » – qui ont tué la marge et dégradé l’image qualité. Les actifs, eux, sont intacts : la notoriété, la qualité du produit et l’engagement des équipes. BCR-i reprend même après coup une partie des dettes des fournisseurs clés, des partenaires de quinze ou vingt ans.
Il a fallu environ six mois pour remettre l’entreprise sur les rails de la profitabilité, malgré un besoin en fonds de roulement élevé : il faut financer les collections bien avant leur sortie. Les promotions permanentes ont été stoppées net dès le rachat, l’offre recentrée sur la chemise – la maille et les pantalons deviennent des accessoires – et l’image entièrement repensée autour de l’ADN de la marque. Café Coton réalise aujourd’hui 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 50 % en ligne, contre 37 % à la reprise. La suite : un redéploiement de boutiques en France sur des emplacements choisis, un flagship pour incarner la nouvelle identité, deux boutiques rachetées à un franchisé en Afrique du Sud et un chantier ERP majeur fin 2026 pour piloter stocks et données entre le web et les boutiques.
800 000 euros, en juin 2025. La cession porte sur la marque, le site web, les boutiques et le stock, qui constitue l’essentiel de la valorisation.
35 millions d’euros, avec un réseau d’environ 60 boutiques. Aujourd’hui, 15 millions d’euros, avec une trentaine de boutiques et 50 % des ventes en ligne.
Environ six mois. La règle du groupe BCR-i : chaque entreprise doit être autonome financièrement et s’autofinancer.
Entrepreneur, associé du groupe BCR-i et directeur général de Café Coton. Il vient du facility management : douze ans chez ISS, jusqu’à la direction commerciale France, puis trois ans chez Atalian.
Une holding fondée fin 2022 par Thomas Leynaud et ses associés, qui regroupe aujourd’hui neuf entreprises pour 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, sans dette.
Un choix de cœur pour une marque patrimoniale française, et un calcul : reprendre au creux de la vague une marque dont les actifs – notoriété, qualité, équipes – restent solides.
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